C’est qu’après avoir lambiné un peu trop longtemps dans l’aire de restauration, le temps nous a échappé et une énorme file de personnes s’interposait maintenant entre nous et la porte de départ B. Après une attente prolongée et voyant que le temps commençait sérieusement à manquer, nous n’eûmes d’autres choix que de nous élancer vers l’avant, motivés par le sentiment d’urgence, avançant rapidement jusqu’au lieu de vérification de nos bagages à main. Il ne fallait surtout pas qu’il y ait de problèmes. Nous devions passer rapidement cette dernière étape pour nous rendre immédiatement à la porte de notre vol. Le temps nous manquait. Il était plus de 17h moins quart! Jusqu’à quand permettrait-on aux passagers d’embarquer dans l’avion? Soudain, je revoyais certaines scènes de mauvais films américains dans lesquelles le prétendant s’élance à la dernière minute vers l’aéroport en souhaitant que le vol de sa dulcinée ne soit pas déjà bien haut dans les airs : « Attention à tous les voyageurs, dernier appel pour le vol X en direction de… ».
Après avoir finalement passé le détecteur de métaux, avec Jérémie en tête, nous nous sommes précipités en direction de la porte 57; à bout de souffle, en sandales, deux sacs nous appuyant lourdement sur les épaules. Les numéros de portes défilaient lentement devant mes yeux : 37… 42… 50… Bon Dieu que cette porte était loin; que ce couloir ne montrait aucune possibilité de fin! Puis, plus loin devant, je vis Jérémie ralentir, pour finalement s’immobiliser devant une entrée, la porte numéro 57. Ça y est, les gens embarquaient encore, nous étions sauvés. Mais le soulagement d’être enfin arrivé à destination fut bref, car il fallut moins de deux minutes pour constater que l’entrée numéro 57 affichait un départ avec Air Transat, alors que nous partions avec un vol d’Air France! En panique, Jérémie s’élança de tout bord, scrutant les écrans de vols et les autres portes à la recherche de NOTRE vol pour Paris avec Air France. À ce moment, je me contenais, et c’est ce qu’exigeait la situation, mais j’engraissais le sentiment que tout était perdu. Voilà, être retardataire aurait fini par me tuer. Nous avons raté le vol et c’est fini. Le voyage est à l’eau.
Bien heureusement, le bonheur fut de constater, en s’informant auprès d’employés postés à l’entrée 57, que cette porte était bien celle menant au vol d’Air France, que l’écran affichant le vol d’Air Transat était une erreur! Ouf! Triomphants, nous prîmes enfin possession de nos sièges, et nous rebaptisâmes avec humour les guerriers du ciel.
Certes, notre ciel, nous l’avons bien gagné. Et le spectacle du décollage en valut mille fois la peine. Il aurait fallu voir Éric, émerveillé comme un enfant, dévorer des yeux la vue du ciel que nous offrait notre progression en altitude. Il faut dire que j’ai rarement eu la chance de contempler une vision aussi magnifique. Flottant au dessus des nuages, on aurait cru s’être infiltré incognito au paradis : étendue infinie de blanc coton, mousseux, de neige… De la pureté recouvrant la terre à perte de vue.
Les livres et les films procurent souvent au lecteur l’impression d’avoir tout vu, tout vécu, mais c’est là un sentiment qui appartient lui aussi à la part d’illusoire qui accompagne obligatoirement l’expérience littéraire. Même en ayant l’imaginaire saturé d’images et de scènes se déroulant dans un avion, jamais je n’aurais pu comprendre ce que l’on ressent lorsque l’on prend son repas du soir à 10 000 mètres au-dessus du sol. En dehors de la littérature, de l’abstrait, il y a des choses qu’il faut vivre réellement dans l’action, même si l’on croit déjà en avoir une idée.
Et pour tout dire, cette débandade ayant précédé l’embarquement fut pour moi presque une bénédiction. Depuis des jours, des semaines, que je baigne dans ce voyage, dans sa planification, son anticipation. En parler et en entendre parler, je n’en pouvais plus.
Assez de ce décompte interminable, de ce premier voyage prématurément trop usé par mes attentes et celles des autres. Je ne souhaitais qu’être là-bas, être là-bas sans avoir rien oublié. Il faut dire que le voyage n’était pas ma seule préoccupation en cette fin de session où je dus pondre mon projet final de programme collégial, en plus de devoir organiser mon déménagement.
C’est donc fatiguée, tendue et blasée (bien que j’essayais de le cacher) que je mis les pieds dans l’aéroport. Mais la peur, soudainement ressentie comme un effet de panique, de perdre tout cela; la certitude, même pendant un court moment, de voir disparaître ce voyage qui était pourtant une certitude depuis des mois; le dernier effort, physique celui-là, de la course vers la porte; et puis le sentiment de mérite. Tout cela ranima vivement mon enthousiasme, et j’en suis sure, quadrupla assurément le bonheur ressenti lorsque je me suis assise pour la première fois sur le siège d’un avion. C’est amusant! [Note du correcteur… très amusant! Ah ironie, douce ironie] Moi qui ne nais jamais vraiment compris ma propension flagrante aux retards et à la procrastination, je m’avoue maintenant un besoin intense de carburer à ce vague sentiment de l’extrême limite. Défier le temps, c’est ainsi que je me sens vivre.
À présent, voilà que se referme sur nous la porte du jeudi. Porte de sable initiale à une histoire tragique chez Ben Jelloun, porte du ciel, que j’ai vue comme un lieu onirique annonçant un périple infiniment beau pour les nouveaux voyageurs que nous sommes.
PAR PAMÉLA
Pfiouuuu...
RépondreSupprimer1,2,3, c'est parti !
Votre Blogue est dans mes favoris... je serai l'une de vos fidèles fans !! :)
Ça démarre sur les chapeaux de roue votre blogue!
RépondreSupprimerLes événements qui ont précédé votre arrivée au Maroc ont été trop rocambolesques, votre voyage ne pourra qu'être une parfaite réussite!
Et ne lésinez pas sur les textes, les photos ou les clips: nous dévorons tout ça voracement...
Au plaisir de vous suivre...
Christian b.
Quelle ville est représentée sur la photo qui orne votre page d'accueil? On dirait Ouarzazate... C'est ça?
RépondreSupprimerChristian b.
J'adore les photos mais, dites-moi, pourquoi y a-t-il, vers la fin du diaporama, une sorte d'insistance sur des pieds poilus de hobbit? Je vous rappelle que Tahar Ben Jelloun est votre écrivain-vedette, pas JRR Tolkien!
RépondreSupprimerChristian b.
En fait Christian, ces pieds poilus pris en photo font partis de mon "coming-out".
RépondreSupprimerJe l'admet: ces pieds m'appartient; et OUI, je suis un hobbit!
Je possède d'ailleurs un anneau superbe! IL EST À MOI!!!!!!